Je tournai la tête vers mes compagnons de chasse et fis un signe d'accord de la tête. Je m'éloignai alors aussitôt d'eux en silence, prenant la direction gauche, celle de la biche.
(Un cerf est plus difficile à tuer ... Ils ne seront pas trop de deux ...)
Je m'écartai donc de quelques mètres d'Hiendril et Halbarad, restant tapie dans les fougères sauvages. Je fis ensuite une halte et attendis, observant nos proies. Le cerf et la biche broutaient paisiblement ... L'un finit par s'éloigner de l'autre après avoir mangé tout ce qui était consommable près d'eux. La biche s'écarta donc peu à peu jusqu'à s'approcher un peu plus de moi.
A la distance où elle se trouvait, j'aurais pu l'avoir sans aucune difficulté, mais le cerf était encore assez prêt et aurait été alerté si j'avais tué sa compagne en cet instant. Qui sait si Hiendril et Halbarad étaient prêts de leur côté ! Je décidai donc d'attendre un peu que la biche s'éloigne un peu plus, qu'elle disparaisse du champ de vision du mâle.
Je n'eus pas à attendre longtemps ... L'animal s'éloignait progressivement et je me mis à la suivre avec d'énormes précautions, rythmant mes pas sur ceux de la biche, afin qu'elle ne m'entende pas. Trouvant un coin 'appétissant', elle cessa de marcher et recommença à brouter. Je la regardais faire, admirant la beauté de ses lignes, la pureté qui ressortait de cet être, la paix qui habitait ces instants presque magiques ...
(Elorah ! Ce n'est pas le moment de devenir sentimentale ! Ne t'attache pas sinon tu n'y arriveras jamais ...)
Je pris une inspiration et serrai les dents. D'un geste lent et contrôlé, je positionnai mon arc devant moi et y encochai une flèche.
(Ne rate pas ton coup ... qu'elle meure instantanément ... sans souffrir ...)
Je n'avais jamais tué de si gros gibier ... Un animal de la taille d'un lièvre me suffisait toujours pour apaiser ma faim, mais aujourd'hui, pour la première fois, je ne tuai pas pour moi ... Mes yeux étaient rivés sur l'animal, toujours émerveillée par ce spectacle, j'avais du mal à mettre une fin irrémédiable à ces instants. L'angoisse montait peu à peu en moi ... Je me relevai alors lentement de ma cachette, sans bruit, puis visai l'encolure de la biche. Je bandai alors mon arc de toutes mes forces puis lachai prise, libérant la flèche pour une destination macabre.
La flèche atteignit sans mal sa cible, la surprenant en pleine quiétude, lui dérobant sa vie peu à peu. La biche s'écroula sur le sol lourdement, ses membres tressautaient et un son rauque et plaintif s'échappa de l'animal. Je m'approchai de la biche et vis ses grands yeux noirs, humides d'humeur ou de larmes peut-être ... Elle me fixait, complètement affolée. Son regard me paralysa d'effroi : elle était toujours vivante, une seule flèche ne suffisait pas ... La nervosité commençait à me gagner et pour une fois, je ne sus que faire, jamais je n'avais été confrontée à la souffrance d'un animal, j'avais toujours tué mes proies nettement, sur le coup, sans souffrance inutile.
Je ressentis alors une douleur vive au bas de ma jambe droite qui me sortit de ma stupeur. Dans leurs mouvements incontrôlés, convulsifs, un des sabots fins de ma victime venait de me frapper. Je sentis alors un liquide chaud s'écouler à l'intérieur de ma botte de cuir ... Mais peu m'importait ... Je devais absolument aider cet animal à ne plus souffrir ... Je portai alors ma main à ma ceinture dans un réflexe mais ne trouvai pas mon poignard ... Celui que j'avais perdu il y a des semaines, sur la route Sud de Falryn.
Je réfléchis rapidement près de l'animal qui continuait à lutter pour sa vie et ne trouvai qu'une solution acceptable : l'étrangler avec ma corde serait des plus douloureux et long ... Utiliser une autre flèche restait la meilleure solution. Mais je n'allais pas en user comme à mon habitude, avec mon arc. Je m'accroupis auprès d'elle, évitant du mieux que je pouvais les à-coups de ses pattes. Je posai alors ma main gauche sur sa tête, et la caressai lentement, tout en murmurant quelques paroles. Au bout de quelques secondes la biche se calma un peu et cessa de se débattre.
Je pris alors une flèche dans mon carquois et posai la pointe acérée sur son encolure, là où une veine battait furieusement au point qu'elle en devenait visible au travers du cuir épais. Resserrant alors la prise sur la flèche, je l'entaillai vivement et avec force, ouvrant sa gorge sur une petite partie ... Le sang jaillit avec force et inonda l'encolure de l'animal, ainsi que mon pantalon. Très vite, la biche ne bougea plus du tout, la vie l'avait quittée et ses yeux n'avaient plus aucune expression ...
Je restais là, sans bouger, la main gauche toujours sur la tête de l'animal, je ne pouvais me résoudre à la quitter et avais du mal à juger ce que je venais de faire ... Je serrai les dents en repensant aux instants où elle broutait paisiblement l'herbe, parmi les quelques feuilles mortes qui jonchaient le sol. Je repensai alors à ma mission, à la chasse, et me relevai.
(Tu as accepté cette mission, tu ne peux faillir à ta parole ... Tu dois continuer, quoiqu'il en coûte pour toi ... Il sera toujours temps plus tard de payer pour ces actes ...)
Il était temps de continuer avant que ma volonté ne chancelle ... Je récupérai donc mes flèches et les rangeai dans mon carquois puis recouvris l'animal de quelques branchages ... Je m'éloignai alors à la recherche d'autres proies, plus profondément dans le bois.
(((hrp : j'ai eu quelques imprévus aujourd'hui ... donc je repousse de quelques jours irl la fin de l'explo ... bonne chasse !)))
_________________

Dernière MàJ de mon site le 10 juillet